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/// coups de coeurs 2011

coups de coeurs 2011

 Laurent Gaudé : Ouragan (Actes Sud)
Un roman puissant, apocalyptique. Comme le cyclone qui submerge la Nouvelle Orléans. A travers différents personnages qui luttent pour survivre, Laurent Gaudé brosse le portait d'une population noire laissée en marge de la croissance, mais animée d'une force de vie irrésistible.
Joséphine, « vieille négresse centenaire » mène la résistance : depuis toujours, elle a lutté, revendiqué, cette fois, elle refuse de quitter sa maison. Des prisonniers abandonnés dans leur geôle envahie par les eaux réussissent à se libérer, semant la panique sur leur passage. Keanu, un homme détruit par la mort de ses camarades sur une plate-forme pétrolière, essaie de retrouver son amour de jeunesse, en remontant le convoi de réfugiés qui fuient la ville. Un pasteur illuminé joue les anges de l'Apocalypse. Et Rose cherche son fils.
Narration par courts chapitres, les destins se croisent, l'intrigue est soutenue. Après le vent annonciateur, la tempête se déchaine, les eaux montent, recouvrant peu à peu tous les quartiers. Les digues cèdent. Les hommes sont emportés.
Et le paroxysme est atteint avec l'arrivée massive des alligators, portés par les eaux.
Nicole Cordier
 
Milan Kundera: La Lenteur (Gallimard, 1995)

Un coup de cœur fait-il une rencontre ? Un désamour ? Parce qu'on passerait d'un coup de cœur à l'autre sans approfondir ?
Lecteur tu es libre, ne t'emballe pas. Milan Kundera te convie à La Lenteur. Le roman est paru en 1995 ; deux histoires s'y côtoient, celle de la nuit de deux amants, personnages d'une nouvelle du XVIIIè siècle, où le temps et le secrets sont préservés, de façon telle que l'érotisme de la rencontre garde toute sa saveur. L'autre, celle de la nuit de l'amour bâclé, de l'amour raté, parce qu'il est devenu une exigence qu'on voudrait satisfaire vite, pour être dans le spectacle du monde, à la fois acteur et spectateur de soi.

Quand on lit un roman de Milan Kundera, L'Immortalité (1990), L'Identité (1997), L'Ignorance (2003), on reste un peu désarmé pour le raconter. Il est celui qui crée des personnages, leur attribue un vécu, des sentiments, tout en étant celui qui en fait le commentaire. Et souvent sa pensée va de-ci, de-là, on le pense égaré, il revient à ses thèmes, ceux que la littérature explore depuis des siècles : l'amour et ses transformations, le temps et la perception qu'on en a avec la mort, le rapport à notre identité, à celle de l'autre, nos idéaux et nos petits arrangements humains...
On s'y sent dans une histoire, dans nos histoires et nos flottemenst.

Josiane Bataillard, janvier 2011

 
Duong Thu Huong:Terre des oublis (Sabine Wespieser éditeur)

« Terre des oublis » immerge le lecteur dans une culture complètement inconnue où le devoir se place devant la liberté et le choix. Très vite on s'attache : à la terre d'abord, à ce petit hameau décrit avec amour. On passe de la description bucolique : collines vertes et des petits rus qui serpentent sur le flan des montagnes, à la guerre, des souvenirs de survivants, des images troubles, dures. Une guerre finie, mais qui se poursuit dans le personnage de Bôn. Thu Huong montre sans les expliquer, les violences vaines qui ont touché son pays. Le personnage de Bôn est un homme égoïste et malade, pitoyable et pauvre. A l'opposé se trouve Hoan, trop gentil, trop poli, trop parfait, ... Son expérience du monde sale et inhumain de la prostitution ne le corrompt pas. Entre les deux, il y a Mién, belle, fière et peureuse, perdue entre les traditions et l'amour, parfois pathétique et ridicule. Il y a, enfin, l'héritage, l'enfant... obsessions du soldat qui sait que sa vie est finie et qui veut la préserver avec un fils.
Trois vies entrelacées autour de la morale, de la tradition et des sentiments. Poignant. Magnifique. Dans un style d'une remarquable fluidité, tantôt sensuel et poétique, tantôt cru et rude, Duong Thu Huong nous dresse le portrait d'une société vietnamienne entravée par ses nombreux carcans. Un livre à lire absolument.

 

Agnès HUBSCHER mars 2011

 
Quai d'Orsay : chroniques diplomatiques/ Balin & Lanzac.- Dargaud


Chargé du « langage » voilà l'intitulé du job que Arthur Vlaminck vient de décrocher au ministère des Affaires étrangères. Il doit écrire les discours du ministre Alexandre Taillard de Worms. La vie au Quai d'Orsay n'est pas simple, il faut se faire une place entre le directeur du cabinet et les conseillers... éviter les chausse-trappes, les coups fourrés, gérer le stress... Le scénariste Abel Lanzac s'est inspiré de son expérience de conseiller dans un ministère.
Cet album plein d'humour sur la vie politique a obtenu le Grand prix RTL de la BD ainsi que la mention spéciale dans la catégorie du prix des Députés décernée à l'occasion de la 20e Journée du livre politique.

Agnès HUBSCHER avril 2011